La Plage de la Beune, Caza, Cazette, et leurs clients-amis

samedi 27 septembre 2008
par  Maylis Cazaumayou

Il y a dans cet article quelques "redites" avec celui d’ "Anecdotes", mais il y a aussi des inédits, et les répétitions ne feront que raviver le plaisir de les re-trouver ! :o)

Dès le début de l’aventure en 1951, Caza a reçu sans lassitude les milliers de visiteurs de sa plage, curieux, néophytes ou revenant. JPEG - 31.8 ko C’était un de ses dons et une de ses joies, c’est aussi ce qui a fait que la Plage était devenue ce qu’elle était. Et il a continué de le faire jusqu’àla fin... regrettant que cela ne soit plus une priorité chez ceux qui surenchérirent imprudemment sur l’appel d’offres de la mairie en 1994 qui fit que nous quittâmes ces lieux ànotre corps défendant en mai 1995.
Caza habitant toujours làdans son "chalet-observatoire",

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Caza dans "Goïzeko Izarra", son observatoire

remplit encore sa mission entre 1995 et 2001 !

"Cueillant" les arrivants dès leur entrée dans le parking, et ce dans les 6 langues qu’il connaissait, il les "appâtait" et probablement à90% , les ravissait.
Caza adorait accueillir et faire savoir aux visiteurs qu’ils n’arrivaient pas dans un endroit anodin, banal, commun... Il voulait qu’ils comprennent, qu’ils réalisent où ils étaient.
Avec gentillesse, et humour, il leur racontait l’oeuvre de sa vie passionnante et passionnée, ses exploits sportifs, son bonheur... Ce n’était pas tant pour se vanter que pour donner en exemple ce mode de vie créatif et libre que, selon lui, chacun pouvait choisir et en tous cas, pouvait aimer pour passer ses week-ends, ses vacances, en famille ou en amoureux, ou en solitaire amoureux de la nature et de la beauté, revenir avec ses amis... Il le faisait d’une façon sans pareille et laissait en général, une trace indélébile sur les personnes tombées dans ses filets... Poète, humoriste, humaniste, charmeur, il savait se faire aimer...

Cazette, "son épouse légitime et pourtant bien-aimée" comme il aimait le dire, avait des rapports bien différents avec les visiteurs, clients, amis.

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La Bergère Cazette

Mais sa conversation était passionnante aussi et elle était insatiable ! Parfois ses relations avec les nouveaux venus étaient àl’aune de l’antipathie ou de la sympathie qu’elle éprouvait spontanément àleur encontre. Souvent àfleur de peau, pour peu les clients en question soient vulgaires ou qu’ils n’apprécient pas àsa juste valeur l’œuvre de son époux Caza et le mal qu’ils s’y étaient donné tous les deux au fil des années bonnes et mauvaises. Ces clients devenaient alors persona non grata et elle leur faisait savoir ! Femme cultivée, elle avait la réponse cinglante et « souvent référencée  » !)

Déjàsur la porte de la cuisine du restaurant, il y avait une grande affiche dessinée par le pinceau plein d’humour de Caza représentant la Bergère aux fourneaux, qui disait :
"De la Bergère ici, c’est l’antre,
Sous aucun prétexte on y entre !"

Il valait mieux s’abstenir en effet... même pour les vedettes « people  » de l’époque, grandes ou petites, qui délaissaient Le Royal ou la Verniaz àEvian, pour la plage de Caza. Célébrités plus ou moins obscures, acteurs et champions dont Caza avait croqué le portrait du temps où il exerçait son métier de caricaturiste pour l’Auto, l’Equipe, pour différentes chroniques de théâtre ou pour le Turf où l’on croisait le Tout-Paris comme Jean Desailly et Simone Valère, L’Aga Khan, Bao Daï, et plus tard, Frédéric Mitterrand, Madame Mitterrand, Jean-Michel Jarre et Charlotte Rampling et bien d’autres... Tous ceux-làappréciaient une journée de tranquillité àla Beune, bercés par Chopin, Smetana, Mozart, Tchaïkovsky, Schubert et les autres, loin des paparazzi. Ils aimaient venir se changer les idées dans un décor rustique et aux chandelles, déguster les spécialités de la Bergère Cazette : ses délicieuses « Bouchées des Chanoines  », ses tournedos àla Dacquoise et ses tartelettes aux myrtilles du bois du Fayet sans compter les inégalables Soirées-Fondues savoyardes ou les tartes aux prunes spécialement faites pour les suisses en balade le week-end du Jeune Fédéral suisse qui marquait la fin de la saison, le 3ème dimanche de septembre Cazette dans son antre

Quelques anicroches rigolotes :

• Le lait n’est jamais assez chaud pour le thé d’une cliente un rien prétentieuse. Cazette le réchauffe trois fois, puis, excédée, sort de ses gonds et lui dit qu’il n’y a pas moyen de faire mieux :
"Oh ça va !" répond la snobinarde
Cazette : "Ca va tellement bien que vous allez prendre votre petit sac de chez Hermès, votre manteau de chez Jacques Fath et sortir d’ici..."
La cliente furieuse : "De toutes façons, pour toutes les cochonneries que vous nous donnez !"
"Dans votre cas, Mademoiselle, ce serait plutôt des perles aux cochons !"... répond Cazette.

• Un jour, Cazette trouva une américaine très sophistiquée qui, n’ayant pas trouvé les toilettes, faisait pipi sur le paillasson de la porte d’entrée du chalet familial ! Cazette lui dit quelques mots d’anglais bien placés. Revenant au restaurant, et y découvrant Cazette làaussi,la cliente honteuse prit rapidement ses affaires et se sauva sans demander son reste, alors que Cazette racontait cette mésaventure drôlatique àqui mieux mieux !

• 1970 : André Nicolas, vieil ami de Cazette, était sous-préfet de Chinon et venait régulièrement pour de courts séjours àla Beune, toujours prêt àmettre la main àla pâte ! Une des fidèles et précieuses aides de Cazette, Josiane Arrandel, catastrophée, court chercher Cazette : "Madame Caza, venez vite, Monsieur le sous-Préfet est entrain de faire la vaisselle !" Elle trouvait cela très choquant, bien sà»r. Mais Cazette la rassura !

• 1977- Charmant ! : une brave dame devant l’entrée de la plage : "Non, non, je ne veux pas rentrer, je veux juste poser mes ordures !"

• La même année, Caza téléphone aux gendarmes : "Il y a paraît-il, un satire dans les bois". Réponse des pandores : "Pas le temps, on a le Tour de France." !!...

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L’oeuvre de Caza et Cazette

Du temps des Caza, la clientèle suisse était importante àtous points de vue. Caza soignait ses amis suisses, faisait des campagnes de pub dans les journaux helvètes. Ses différents exploits de skieur, ses caricatures du Cirque Blanc pour la Tribune de Genève, l’effet boule de neige des clients heureux, des jeunes venus avec leurs écoles pour les « Courses d’école annuelles  ». Le bon accueil qu’ils recevaient, l’atmosphère originale et de liberté de la Plage, le côté rustique, sportif, familial et sans prétention qui y régnait, tout ceci avait construit au fil des années un fond de clientèle fidèle et sympathique où nous comptions de nombreux amis sur plusieurs générations, grands amateurs de très élaborés piques-niques dominicaux et broches au charbon de bois, où nous leur confisquions parfois les radios trop bruyantes et leur déconseillions parfois les télés qu’ils amenaient pour suivre un Grand Prix ou autre compétition dont en consolation, Caza annonçait en général le résultat au micro !

Evidemment, nous avions relevé quelques travers chez nos amis ; les petites pancartes de Caza, jamais méchantes, ni rigides, parsemées sur la plage, les faisaient rire eux-mêmes, car le suisse romand a de l’humour si on le prend gentiment !
« Faîtes comme nos amis suisses qui sont si propres … chez eux !"
Une pancarte dans le restaurant les plongeaient dans une profonde réflexion, et pas seulement eux :
« Nous tenons àla disposition de nos clients gauchers des tasses avec anse àgauche !  »
A la sortie de la Plage :
« Si vous avez été satisfaits, envoyez-nous vos amis ; si vous ne l’avez pas été, envoyez-nous vos ennemis !  »

Expressions suisses

• Habitués àl’immense Lac Léman ou "de Genève", ils traitaient le lac de la Beune de « gouille  » !
• En parlant du temps qui semble changer : "Ca ne tiendra pas l’attente !"
• "Ca proule !" pour : ça couine.
• "Santé, conservation !"
• "J’ai mon fond" pour dire "j’ai pied" (dans l’eau).
• "J’ai paumé mon calosse" : "j’ai perdu mon caleçon de bain"
• "J’ai queuté mon gnaf par 10 mètres de fond" : "j’ai perdu mon porte-monnaie par 10 m. de fond."
• "La roulette" pour le Télébeune.

• Des suisses : "Quel drôle de menu tout de même, y a pas de soupe !"

• Un client suisse a demandé un "renversé" un café au lait : "Votre lait, il est câssé !" (le lait semblait tourné).
Cazette, qui a servi un café avec un petit pot de crème, lui explique que c’est la crème fraîche qui fait cet effet-làdans le café !

• Venues en car de Sion, un bon paquet de suissesses font (automatiquement !) la queue devant le pipi-room rustique de l’époque. Arrive encore une autre : "Où c’est donc ?"
- Ben c’est là. C’est la « pissoire  ».
- Ah ? ce.. "pipi-roum" ?
- Oui... temps de réflexion fort long, puis : "Quel drôle de pays ! ils ne peuvent pas parler français et dire "water-closet" comme tout le monde !...

• Un gars suisse fait du télébeune sans savoir nager : "Oh ben, j’ai avec moi des copains qui savent." !!...(il y en a eu quelques-uns comme ça ! ndlr)

DIVERS

• Un ronchonneur àl’entrée : "C’est quoi ça, Evian est bien plus beau !"
• Un autre : "Mais c’est que d’la nature ici, pourquoi y faudrait payer pour entrer !!"

• Alerte au feu ! Cazette fait un feu de broussailles devant le chalet. Les amis Vercellini la croyant absente, alertent les pompiers et Cazette voit arriver 3 voitures de secours. Elle a dà» payer àboire à11 pompiers et 2 gendarmes !

• Un écossais et un anglais s’engueulent en français devant l’entrée de la plage : "Je ne suis pas anglais mais écossais etc..." Cazette excédée : "Elle n’est pas bientôt finie votre deuxième Guerre des 2 Roses ? Sidérés qu’elle connaisse l’histoire de la perfide Albion, ils rentrent silencieux puis continuent de s’engueuler devant 2 bières... françaises !

• Un râleur : "Vous et votre clientèle àla noix... Cazette : "Ne rentrez pas ! Ca ferait une noix de plus !"

• Une dame veut emmener ses enfants "voir la neige" en altitude.
Cazette lui conseille de ne pas y aller en "nus-pieds".
Réponse de la dame : "Mais la neige, ça glisse l’été ?"

• Un allemand énervé et agressif et "qui a l’âge" (d’avoir fait la guerre comme disait Cazette) : "Je ne vous ai pas trouvé sur ma carte."
Cazette : " Vous en aviez de meilleures en 1940 !" ....
• Des allemands ("qui ont l’âge" aussi) arrivent aves plusieurs caravanes et s’installent dans le parking, ils sont aimables et s’excusent d’être si encombrants.
• Cazette : "C’est toujours mieux de vous voir avec des caravanes qu’avec des Panzers".

• Des clients voulant "consommer" seulement au bar et ne pas payer l’entrée : Cazette explique... la plage, le paysage, les activités, le travail accompli...

- "Non, ça ne nous intéresse pas."

- "J’en suis désolée."

- "Mais cela vous intéresserait de nous avoir ?"

- "Comme potiches ? Non... si cela ne vous intéresse pas, pourquoi voulez-vous que vous nous intéressiez ?"

1981, un an avant sa mort, Cazette (75 ans) fait encore son jardinage à4 pattes comme d’habitude àcause de douleurs dorsales ; sachant que pour chasser les fourmis, il faut saupoudrer de poivre leur logis, elle se met en devoir de moudre du poivre au dessus de la fourmillière. Passent 2 visiteurs étrangers : il fallait voir leur tête sidérée devant "la vieille dame àgenoux dans la terre tournant son moulin àpoivre au-dessus du jardin" et se posant probablement des questions sur son état mental... Ils ont dà» en parler longtemps !…


Depuis janvier 1990 et le début du 2ème millénaire, alors installée dans les Carpates de Roumanie, Maylis

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Maylis, transylvaine

a créé avec la famille MATYAS et l’association Arbre de Joie, le tourisme rural vanté par le Guide du Routard dès 1998 et des gîtes ruraux très appréciés, dans 2 petits villages de Transylvanie, Purcareni et Zizin (en 2007 : 1250 voyageurs dans l’année).
Il lui arrive ainsi d’accueillir des clients suisses dont elle reconnaît avec plaisir et même gourmandise, les intonations d’accent aussi discrètes soient-elles. Alors, àleur grand étonnement, elle leur demande tout de go de quel coin des cantons du Valais, du Jura, de Vaud ou de G’nève" ils viennent.
Le tourisme rural roumain est en effet, très prisé des français, ( 85% au village), des suisses et des belges
Ainsi, une fois une dame se présente àl’accueil du village. Cette suissesse reconnaît alors Maylis et le lui dit en ajoutant : « Mais, si ! Au lac de la Beune, un dimanche, vous nous aviez dépannés en charbon de bois pour notre broche !  »
Et c’est arrivé d’autres fois, que des voyageurs aient connu la Beune des années auparavant. Ils étaient plutôt étonnés de retrouver au fin fond de l’Europe la fille de Caza, s’occupant elle aussi de tourisme dans un coin - malheureusement sans lac - tout aussi improbable des belles Carpates !

Le monde est tout petit, heureusement ! Alors prenons soin de lui !


Portfolio

Le Berger Caza